L’Enfer, c’est les autres

15 Aug

Caddie de supermarché

Photo by kozumel on Flickr - Creative Commons license

Oui oui, je sais, j’ai rien écrit ici depuis un bail. Je tiens à m’excuser auprès de vous tous, et surtout auprès de toi, visiteur anonyme ayant atterri ici grâce à une recherche Google sur les mots clefs « Fantasme en k-way » (merci Google pour ce référencement sensationnel -_- )

Mais voilà, le temps est une ressource précieuse après laquelle je cours sans cesse (comme tout le monde, je suppose). Et quand j’en ai, j’avoue que je ne l’utilise pas pour venir écrire, mais pour faire des choses tout à fait triviales, comme acheter à manger.

Mon congélateur est vide

Faut dire, y en avait besoin. Un peu.

 

Un beau samedi après-midi, j’ai donc pris mon courage, mon Iron Panda et mes sacs cabas, et me suis partie faire les commissions (kass-dedi à ma Mamie).

Je ne suis pas vraiment croyante. Genre là, je ne me sens pas toute chose en me disant « youpi, on est le 15 août, Marie monte au Ciel ! » (on dirait le titre d’un roman érotique acheté au Relay de la gare de Riom – Chatel-Guyon pour 2,50€) Je n’ai jamais fait de #selfiecierge. (si si, ça existe…) La vision de Dieu en vieux barbu sur son petit nuage et du Diable à cornes dans un décor de flammes complètement kitsch, ça ne me parle pas. L’Enfer ne peut pas être une rôtisserie géante à ciel ouvert, ça serait totalement ridicule. JP a raison : l’Enfer, c’est les autres.

Jean Paul Sartre

On sent le mec qui s’en est pris plein la gueule à l’école…

 

Je dirai même plus : L’Enfer, c’est les autres le samedi après-midi à Carrefour.

14h : J’entre sur le parking, radieuse et insouciante, ambiance « Laura Ingalls va acheter un petit pot de beurre ».

14h01 : Je remets l’award de la Meilleure Mère 2014 à la meuf qui apprend à son gamin de 5 ans à faire du roller sur le parking du supermarché bondé.

14h02 : Je suis visiblement la seule personne de la ville à avoir entendu parler de cette extravagante règle du code de la route intitulée « Priorité à droite », aussi valable sur les parkings, oui Homme Viril en gros 4×4, c’est à toi que je parle.

14h05 : J’entre dans l’Antre de la Bête.

14h10 : Je n’ai rien contre les familles nombreuses (ayant moi-même un nombre non négligeable de frères et sœurs). Mais il y a une chose que je ne comprendrai jamais : quelle est le facteur de motivation intrinsèque qui pousse ces gens à emmener toute leur millfa avec eux quand ils vont faire les courses ?! Je ne parle pas de la mère célibataire dont le mari est parti avec une étudiante en littérature blonde et fougueuse, qui emmène ses deux enfants avec elle quand elle fait les courses parce qu’elle n’a personne pour les garder depuis que ses parents sont décédés dans un accident de voiture sur la route de La Ciotat l’an dernier, et qui ne peut pas payer de baby-sitter puisqu’elle a été licenciée de son poste de cadre supérieure dans la finance à cause de la crise économique et gagne maintenant le SMIC en faisant des ménages au noir, la nuit, dans des entrepôts de la SNCF en banlieue, hein, je parle de ces gens qui viennent au supermarché comme s’ils allaient à un pique-nique en famille. Tu peux jouer aux 7 familles dans ta tête en les regardant : le père, la mère, les quatre enfants ou + (dont un généralement âgé de moins d’un an, qui braille tant qu’il peut dans le chariot), voire la grand-mère et le chien, qui Dieu merci est interdit dans le magasin.

Pourquoi, mais pourquoi ces gens ont-ils besoin d’être si nombreux pour venir acheter des petits pois et du Sopalin ?!

14h15 : Il faudrait instaurer des règles de circulation dans les allées des supermarchés, genre des panneaux « céder le passage » aux endroits stratégiques.

14h18 : Amen, je vous le dis : la castration chimique est l’avenir de l’Humanité.

14h20 : Je choisis tranquillement mes carottes lorsqu’une vieille dame à côté de moi déclare d’un ton solennel :

« Ce soir, je vais faire des poireaux ! »

Coup d’oeil à gauche, coup d’oeil à droite ; nope, personne autour. C’est bien à moi qu’elle a dédié cette déclaration d’une importance capitale. Je bredouille un « Ha, heu… oui, d’accord, très bien. ». Elle me regarde d’un air ahuri qui veut clairement dire « Mais enfin, ne me parlez pas, je ne vous connais pas ! » et s’éloigne rapidement, me prenant visiblement pour une folle. Youpi.

14h21 : Quand je serai maître du Monde, je dicterai une loi encourageant l’euthanasie de toutes les personnes de plus de 60 ans.

14h25 : Je suis en train de peser tranquillement mes fruits et légumes lorsqu’une bonne femme se la ramène à côté de moi.

Certains personnes n’ont visiblement pas du tout la notion des distances et du respect de l’intimité. D’accord, c’est assez variable d’une personne à l’autre. Voici un rappel me concernant :

Tu es… Tu peux m’approcher jusqu’à…
Un proche très proche Je ne te mordrai pas si je suis de bonne humeur
Un ami 1m
Une vague connaissance 2m50
Un collègue de travail La porte de mon bureau
Un parfait inconnu 5 mètres
Keira Knightley * censuré *

Donc, chère meuf que je n’ai jamais vue de ma vie, quand ton bras moite se retrouve collé au mien, c’est que tu es BEAUCOUP TROP PRES.

Je lui lance un regard interloqué genre « heu, on se connait ? »Là, les gens normalement constitués reculent. Mais pas elle.

Agacée, je pèse mes courgettes (suggestion automatique de la balance : des mandarines. Ce truc prend de la drogue.). La meuf se met à hurler à son mari, posté à l’autre bout du rayon « Chériiii ! On a pris des courgettes ?! ». J’ai un tympan en moins, et je me sens espionnée.

Un sourcil levé et l’autre froncé, je lui lance un regard signifiant clairement « WTF meuf ?! », puis me râcle la gorge et pousse un léger soupir agacé.

Mais nan. Super pot de colle reste planté à 5 mm de moi.

Je me décale subtilement d’un pas vers la droite.

Elle aussi.

Je me décale d’un nouveau pas vers la droite.

Elle aussi.

On se retrouve dans une situation parfaitement absurde : c’est moi qui pèse mes légumes, mais c’est elle qui est en face de la balance, et moi complètement à côté. En plus, son parfum bon marché me donne la migraine.

14h30 : Catastrophe au rayon quincaillerie. Ce qui devait forcement arriver arriva : une famille nombreuse a rencontré une autre famille nombreuse. Les mères papotent tranquilou, les pères comparent les ampoules halogènes dans une sorte de concours implicite « Qui est le meilleur bricoleur ? », les enfants courent partout, bébé braille, la grand-mère s’est assise sur un siège de jardin en plastique vert en plein milieu de l’allée, c’est la Berezina. Un bouchon digne de l’A7 en période de départ de vacances se créé. Les familles s’en tapent royalement, et le font bien comprendre en soupirant lourdement dès que quelqu’un essaie de passer en émettant un timide « Excusez-moi, pardon, s’il vous plait, pardon… ».

14h32 : Ils vendent quand même des trucs bizarre dans ces supermarchés :

Assiettes en carton "Euro 2012 Poland-Ukraine"

Qui veut acheter des assiettes en carton aux couleurs d’un obscur match de foot d’il y a 2 ans ?

 

14h35 : L’âge de ma future loi sur l’euthanasie vient de tomber à 30 ans.

14h40 : Après avoir rempli de mon chariot avec assez de nourriture pour nourrir un village pendant 3 semaines (« en cas de guerre, en cas de crise, ou de victoire de la gauche »), je me dirige vers les caisses. Histoire de gagner du temps, je mets à profit le seul meilleur conseil que mon père m’ai donné : « Passe à la caisse située en face du rayon culture, il n’y a jamais personne ! » (c’est malheureusement fort vrai)

14h45 : Mes achats étalés sur le tapis roulant, la partie de Tetris peut commencer.

La caissière est gentille, mais a le regard morne de quelqu’un qui en est à sa 8ème heure de boulot un jour de grande affluence. Soudain, elle fronce les sourcils et m’agite un de mes sacs de fruits sous le nez.

La  caissière : c’est quoi, ça ?

Moi : Une mangue…

La  caissière : Huuuuum…

Elle jette un regard méfiant à la mangue, avant de me la rendre.

14h47 : Enfin, toutes mes courses sont scannées, rangées dans leurs sacs eux-mêmes posés dans le caddie, prêt à partir. Je pense avec délice à mon canapé, au silence délicieux de mon appartement, et au sandwich que je vais me faire en rentrant parce que j’ai la dalle.

La caissière m’annonce un montant indécent. J’ouvre mon portefeuille.

Mon sang se glace.

Ma carte bancaire n’est pas à sa place.

J’émets un petit rire nerveux.

Je fouille le portefeuille, puis mon sac, puis mes poches. Je suis sur le point de fouiller mon sac une deuxième fois, lorsqu’une vision s’impose à moi. Je sais très bien où est ma carte bancaire. Elle est dans mon sac à dos. Et mon sac à dos est… dans mon salon.

Ho God.

Non.

Pas ça. S’il vous plait. Non non non non.

Je retourne mon portefeuille en espérant trouver un billet caché, un chèque, un original de Picasso, ou n’importe quoi d’autre qui ai de la valeur. Mais non. Je ne trouve qu’un carnet timbre à moitié vide, et une carte de bibliothèque expirée il y a 2 ans.

Dans la queue, les gens commencent à piaffer.

Ca y est. La malédiction du supermarché s’accomplit.

A force de faire les courses en haïssant tout le monde, j’ai fini par devenir moi-même « le cas social de la caisse ».

Parfois, l’Enfer, c’est soi-même.

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