Ellen Page I love you too!

15 Feb

Street Art de Banksy : docteur auscultant un coeur peace and love

Photo by Thomas Hawk on Flickr - Creative Commons license - Art by Banksy in San Francisco

Hier c’était donc la Saint-Valentin. Célébration de la beauté du Grand Amour pour certains, aberration commerciale pour d’autres, on va pas débattre ici parce qu’en fait on s’en tape un peu.

Je veux dire, chacun fait ce qu’il veut. Vous pouvez aller au restaurant, faire une soirée romantique chez vous, organiser une contre soirée pour célibataires, faire intervenir Patrick, ou encore ne rien faire du tout, c’est somme toute votre problème.

(Pour la petite histoire, et parce que je sais que vous mourrez d’envie de savoir, j’ai personnellement passé la soirée à… vomir, 50% à cause de cette affluence soudaine de cœurs rosâtres, 50% à cause de la joyeuse épidémie de gastro. Non, ne me remerciez pas, ça me fait plaisir de partager. <3)

Ellen Page, elle, faisait un discours sur la scène de la conférence “Time to Thrive”, organisée à Las Vegas par la Human Rights Campaign Foundation, association qui lutte pour les droits des LGBT aux Etats Unis.

(Si vous ne savez pas qui est Ellen Page, je ne sais franchement pas quoi vous dire. Dégagez de mon blog.)

(Nan mais si vous savez, c’est l’actrice juste trop cool qui a joué notamment dans Juno et Inception, plus récemment dans To Rome With Love de Woody Allen que j’ai beaucoup aimé, mais SURTOUT dans Whip It (aka Bliss), ce film mémorable sur le roller derby)

Ellen Page est quelqu’un de merveilleux qui a fait un discours magnifique.

Elle parle avec justesse de ces images stéréotypées qu’on nous bourre dans le crâne, qui te dictent qui tu dois être et comment tu dois te comporter, et à quel point il est difficile d’y résister.

Standards of beauty. Of a good life. Of success. Standards that, I hate to admit, have affected me. You have ideas planted in your head, thoughts you never had before, that tell you how you have to act, how you have to dress and who you have to be. I have been trying to push back, to be authentic, to follow my heart, but it can be hard.

Elle prend comme exemple la question de la tenue vestimentaire pour s’insurger contre les clichés du féminin et du masculin, et les conséquences pour celui qui ose s’en éloigner.

There are pervasive stereotypes about masculinity and femininity that define how we are all supposed to act, dress and speak. They serve no one. Anyone who defies these so-called ‘norms’ becomes worthy of comment and scrutiny. The LGBT community knows this all too well.

Ellen Page tenant une pancarte "I wear boys' underwear"

Elle sait de quoi elle parle !

 

Elle rappelle à quel point nos vies seraient plus agréables si on essayait d’être plus sympa les uns avec les autres au lieu de se juger. Oui c’est un peu le passage bisounours, mais c’est quand même pas faux, hein.

[…] this world would be a whole lot better if we just made an effort to be less horrible to one another. If we  took just 5 minutes to recognize each other’s beauty, instead of attacking each other for our differences. That’s not hard. It’s really an easier and better way to live. And ultimately, it saves lives.

Elle évoque la difficulté à s’aimer et à s’accepter. Je suppose que c’est un problème relativement universel que tout le monde rencontre à un moment de sa vie, et particulièrement quand tu t’éloignes de la norme et que tout se charge de te le rappeler chaque jour.

It can be the hardest thing, because loving other people starts with loving ourselves and accepting ourselves. I know many of you have struggled with this.

Elle mentionne également la solitude, le rejet, les mauvais traitements, la peur du futur et des autres, et toute cette souffrance en général que tu peux ressentir quand tu grandis avec ce secret.

[You] get treated like shit for no reason. Or you go home and you feel like you can’t tell your parents the whole truth about yourself. Beyond putting yourself in one box or another, you worry about the future. About college or work or even your physical safety. Trying to create that mental picture of your life—of what on earth is going to happen to you—can crush you a little bit every day. It is toxic and painful and deeply unfair.

Et bien sur (mais ça vous le savez surement déjà si vous avez surfé un peu sur le web aujourd’hui), elle en profite pour montrer l’exemple en faisant, en plein discours, un coming out sobre et efficace (prends-en de la graine, jeune padawan, si comme moi tu tournes autour du pot pendant 150 ans) :

I’m here today because I am gay. […] Because I am tired of hiding and I am tired of lying by omission. I suffered for years because I was scared to be out. My spirit suffered, my mental health suffered and my relationships suffered. And I’m standing here today, with all of you, on the other side of all that pain.

Après elle conclut en disant qu’elle nous aime. J’avoue que j’ai décidé de le prendre personnellement pour booster mon ego et entretenir mes fantasmes, d’où le titre de ce post.

Je prends le temps de venir parler de ce discours ici (alors que j’ai quand même autre chose à foutre un samedi après-midi, genre agoniser sur mon canapé) car je trouvais ça important. Il m’a énormément touchée, parce que je suis totalement d’amoureuse d’Ellen Page depuis ce beau dimanche après midi ensoleillé de 2008 durant lequel je suis allée voir Juno au ciné je suis d’accord avec absolument chaque mot qu’elle prononce.

Les médias et réseaux sociaux sont en train de largement diffuser et commenter, mais je trouve vraiment dommage que la plupart réduisent ce discours à un simple coming out sans parler du reste, quand elle dit tellement plus que ça. A la limite, je trouve même qu’on s’en tape un peu finalement – même si je considère ça bien sur comme un acte courageux (qui lui vaut d’ailleurs une standing ovation bien méritée). L’impression que j’ai, c’est qu’elle le fait en tant qu’acte de soutien et preuve de la sincérité de son discours, et de cette sincérité on ne peut pas douter, tant on sent l’émotion et même la nervosité dans ses mots, sa voix et ses gestes (conseil : ne fixez sa main si vous êtes épileptique). Ce qu’elle dit est juste, et c’est émouvant.

Rémy de Ratatouille faisant un sourire niais

Et maintenant j’ai un sourire niais.

 

(Nan et puis franchement les gens, soyons honnête : à moins que vous ayez vraiment le gaydar dans les chaussettes, cette “révélation” n’est pas non plus le scoop du siècle)(sauf peut-être pour les magazines people qui l’avaient casée avec pleins d’acteurs, mais même si ça me fait marrer, je ne mets pas de lien car je refuse de faire de la pub à ces torchons)

Après un an de Manif pour tous surtout les gros tarés haineux  et autres grandes démonstrations d’amour et d’acceptation des différences (…hum…), j’avoue que ce genre d’actu fait du bien. C’est comme le très subtil doodle des JO de Sotchi ou l’insurrection de Benoît Poelvoorde : des petits trucs inattendus que tu découvres en ouvrant ton navigateur web, et qui redonnent le sourire et un peu d’espoir. Ellen Page, tu entres officiellement dans mon Panthéon personnel (très sélect), et je ne peux que te renvoyer ton propre message :

Thank you for giving me hope, and please keep changing the world for people like me.

 

Le discours d’Ellen Page dans son intégralité :

5 Responses to “Ellen Page I love you too!”

  1. Kekou 15/02/2014 at 23:19 #

    J’ai pu écouter le discours entier d’Ellen Page, et, de mon point de vue, le coming-out (qui fait l’exaltation des médias) n’est qu’un aparté, certes dans la logique de la tirade, et qui n’est finalement que secondaire.

    J’ai toujours été dans la plus grand indifférence (dans le sens “ça ne me choque pas, et je ne vois pas pourquoi ça devrait”) par rapport à ce concept de “faire son coming-out”. Évidemment, tout le monde ne réagit pas de la même manière face à n’importe quelle situation, et de ce fait, l’annoncer est plus ou moins facile face à telle ou telle personne. Mais j’aime à croire qu’un jour tout le monde aura ma naïve innocence et pourra se dire “Tu as le droit d’aimer qui tu veux, tant que tu y trouves ton bonheur”…

    C’était la minute “Kekou rêve.” ! A la prochaine fois, pour de nouvelles aventures !

    • lofromthevoid 16/02/2014 at 11:48 #

      Mais grave ! Les médias réagissent là dessus alors que c’est anecdotique au milieu de ce qu’elle dit. Mais ça fait plus vendre que de dire “Ellen Page pense qu’on devrait être plus gentil avec les autres”…

      Moi aussi j’aimerai bien que tout le monde ait ta “naïve innocence” (qu’on pourrait aussi appeler “bon sens”, en fait). Personnellement, mon rêve serait qu’il ne soit pas assumé automatiquement que tu es hétéro, comme ça tout le monde devrait faire une sorte de coming out. Ça serait fun.

      • Kekou 24/02/2014 at 19:10 #

        “Bon sens” ? A part dans les ronds-points, je ne vois pas de quoi tu parles… ;)

        Mais finalement, si tout le monde devait faire une sorte de coming-out, personne n’aurait à le faire !(Sur le même principe que quand on dit “si tout le monde est extraordinaire, personne ne l’est.”)

        …Relativité, quand tu nous tiens !

        • lofromthevoid 24/02/2014 at 20:12 #

          Je… je… nan attends mon cerveau a fondu.

          Nan mais justement, c’est ça qui serait trop moumoute : ça deviendrait un truc aussi ordinaire que dire, genre “j’aime pas les olives” ;-)
          Tu pourrais le dire comme ça sans y penser, les gens te répondraient “ha ouais ? cool.” …et ça serait tout !

          Ma devise dans la life, c’est “je m’en fous.”
          J’aimerais bien que tout le monde fasse pareil.

Trackbacks and Pingbacks

  1. Aucun lien, fils unique | Queen of the void - 31/05/2015

    […] Cette année, ma Saint-Valentin a été nettement plus glamour que l’année dernière (souviens-toi…). […]

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