“Dans l’interminable ennui de la plaine, la neige incertaine…”

30 Nov

Flocons de neige sur un arbre

Photo by Kate Mereand-Sinha on Flickr - Creative Commons license

En ouvrant les volets tôt ce matin, j’ai découvert que la neige avait tout recouvert.

D’habitude je n’aime pas trop la neige, surtout quand elle surprend comme ça, le matin, et je peste intérieurement.

« Rah, il fait encore super froid, en plus bien sur j’ai pas encore mis les pneus neige et je travaille à la campagne en haut d’une colline j’vais jamais pouvoir monter ou alors je vais finir dans le ravin faut que j’appelle le garage mais tout le monde aura fait pareil y aura jamais de place libre avant au moins deux semaines et puis je suis sure qu’ils ont pas salé la voie rapide ça va être la patinoire là-bas dessus et ça va surement bouchonner j’en ai pour une plombe pour aller au boulot et encore faut que j’essaie de pas me casser la gueule en allant de la voiture au bureau et après j’aurai les pieds trempés toute la journée et va falloir supporter les infos à la radio et les gens qui vont énoncer des idioties genre “hé t’as vu il neige” et ce soir il va falloir racler et déneiger la voiture avec les doigts glacés à travers les gants et putain où est-ce que j’ai encore foutu mon labello ?! »

 

Mais aujourd’hui, c’est samedi, et ces considérations d’adulte empêtré dans ses trajets et son boulot n’ont pas lieu d’être. Aujourd’hui, je regarde tomber la neige avec la même fascination que quand j’avais 7 ans, ces jours où ma mère me réveillait en me disant « Lève toi et regarde vite par la fenêtre ! ».

J’ouvre la fenêtre pour être plus près des flocons, et écouter le silence. Tout est figé, comme au ralenti, et la ville prend une allure de forêt sauvage.

Je regarde les flocons tomber, légers, aériens, gracieux. En fait non, ils ne tombent pas, ils virevoltent, ils dansent, se laissent porter par les courants, certains même font le chemin en sens inverse et remontent vers les nuages.

Tout est blanc. Tout est parfaitement silencieux. Rien ne bouge.

Tous les sens sont comblés.

C’est beau, simplement beau, d’une beauté qui fait vibrer quelque chose, là, au fond du cœur, au fond de l’âme, comme un bon vin, ou comme Shakespeare.

Ca ne durera que le temps d’une respiration. Très vite les traces de pas et de pneus vont transformer cette merveille en un immonde tapis boueux. La neige en ville est condamnée à passer du divin à l’infâme en un rien de temps.

Si j’étais un flocon de neige, j’irai me poser sur un toit ou au sommet d’un arbre, inatteignable, indestructible.

 

C’est très cliché tout ce que je raconte, ces histoires d’âme d’enfant et de blanc manteau immaculé. C’est un peu cucul.

Tant pis. Ce matin, je me sens comme ça, et j’ai envie de vous le faire partager.

 

J’écrirai un truc drôle demain.

Aujourd’hui, je regarde tomber la neige.

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